Préparation physique
Ce que le surf demande vraiment à ton corps
Ferme les yeux et pense au surf. Tu vois quoi ? Un tube parfait. Un turn planté sec sur la lèvre d'une vague. Peut-être un air.
C'est l'image que renvoient les magazines, les films, Instagram — la nôtre y compris.
Sauf que ce n'est pas ça, une session. Pas la tienne, pas celle des pros non plus.
Avant de te donner un seul exercice, il y a une étape que presque tout le monde saute — et c'est justement celle qui devrait passer en premier : comprendre ce que le surf demande vraiment à ton corps.
La Nouvelle Bible de la Préparation Physique (Reiss & Prévost), une référence du métier, pose ce principe avant même de parler d'exercices : l'analyse des besoins liés à l'activité. On ne construit pas un programme à partir d'une intuition ou d'un exercice à la mode.
On le construit à partir de ce que l'activité exige réellement — et pour le surf, cette réalité est très différente de ce que montrent les images.
Le piège des images : tubes, turns… et la réalité d'une session
Reprenons l'image du tube, ou celle du air parfaitement maîtrisé. Ce sont des moments spectaculaires, et c'est normal qu'ils définissent notre imaginaire du surf.
Mais si tu observais une session complète, chronomètre en main, tu ne verrais presque jamais ça. Tu verrais quelqu'un ramer. Longtemps. Attendre. Se replacer. Ramer encore. Et de temps en temps, se lever sur une vague, pour quelques secondes.
C'est cet écart — entre l'image qu'on a en tête et ce qui se passe vraiment dans l'eau — qui explique pourquoi tant de surfeurs adultes s'entraînent à côté de la plaque. On prépare son corps pour le moment spectaculaire, en oubliant tout ce qu'il faut traverser pour l'atteindre.
Pourquoi il faut analyser l'activité avant de choisir un exercice
En préparation physique, la logique est toujours la même, quel que soit le sport : on ne commence pas par choisir des exercices. On commence par comprendre les besoins réels de l'activité.
Ça se déroule dans un ordre précis :
- Analyser l'activité — regarder ce qui se passe pendant une session, avec des chiffres plutôt qu'une impression.
- Identifier les besoins — en déduire ce que le corps doit être capable de faire, et à quelle intensité.
- Choisir les qualités physiques à développer en priorité — celles que l'analyse fait ressortir, pas celles qui sont à la mode.
- Construire l'entraînement — dans cet ordre, et seulement à ce moment-là.
Les exercices ne sont pas le point de départ. Ils sont la conséquence de l'analyse. Sauter cette étape, c'est le meilleur moyen de s'entraîner sérieusement pour la mauvaise chose.
Faisons-la ensemble, pour le surf, avec des chiffres vérifiables.
Ce que le surf demande vraiment à ton corps, chiffres à l'appui
La répartition réelle d'une session
Les mesures faites sur de vraies sessions de compétition donnent une répartition assez éloignée de l'image du tube ou du air. L'étude de référence sur le sujet, celle de Farley, Harris et Kilding (2012)¹, a chronométré heat par heat le temps passé dans chaque activité sur des surfeurs de compétition : 54 % en rame de déplacement, 28 % à l'arrêt entre les vagues, 8 % à réellement surfer une vague, 4 % en rame explosive pour attraper une vague, le reste réparti en activités diverses (duck dives, chutes, etc.).
En arrondissant ces chiffres pour la lecture — répartition moyenne simplifiée, celle que tu as peut-être déjà vue sur notre compte Instagram :
- 57 % du temps en rame de déplacement — pour rejoindre le pic, se replacer, sortir.
- 30 % du temps en attente et positionnement.
- 8 % du temps passé à réellement surfer une vague.
- 5 % du temps en rame explosive — les sprints pour attraper une vague ou passer une série.
Prends un instant pour laisser ça s'installer : plus de la moitié de ton temps dans l'eau (57 %), tu le passes à ramer. Et même chez les surfeurs de compétition — mieux placés, plus sélectifs sur les vagues qu'un pratiquant du dimanche — la part du temps réellement passée sur la vague reste minoritaire. Ça change complètement la question à te poser. Ce n'est plus « comment je surfe mieux la vague » — c'est « comment j'arrive sur cette vague dans les meilleures conditions possibles, le plus souvent possible ».
Un sport intermittent, pas un sport d'endurance classique
Contrairement à la course à pied ou au vélo, où l'intensité reste relativement stable, le surf change d'intensité en permanence. Une session enchaîne :
- une phase d'attente, à faible intensité ;
- une rame de déplacement, à intensité modérée ;
- un passage de barre, à intensité élevée ;
- une accélération pour attraper la vague, à intensité maximale ;
- le surf de la vague elle-même, à intensité élevée à maximale ;
- un retour au pic, qui relance tout le cycle.
Environ 60 % de ce temps se passe entre 56 et 74 % de ta fréquence cardiaque maximale — un effort sous-maximal mais quasi continu, ponctué de pics courts et intenses. C'est cette alternance permanente entre effort et récupération incomplète qui fait toute la spécificité physiologique du surf. La littérature scientifique le classe d'ailleurs parmi les sports intermittents, une catégorie qui le rapproche davantage du foot ou du rugby que du marathon.
Le temps de surf réel : environ 8 % de la session
Le cycle se referme sur lui-même : rame → récupération → surf → replacement → rame à nouveau. Et à l'intérieur de ce cycle répété des dizaines de fois par session, le temps réellement passé à surfer une vague reste autour de 8 % du total — parfois un peu plus selon le spot et le niveau de la session, mais jamais la part principale.
Ce n'est pas une session ratée. C'est une session normale. Le problème, c'est de s'entraîner sans le savoir.
Les qualités physiques que le surf demande vraiment à ton corps
Une fois qu'on regarde l'activité pour ce qu'elle est réellement — et non pour l'image qu'on en garde — la liste des qualités à préparer devient beaucoup plus claire que « il me faut du cardio » :
- L'endurance — pour la rame prolongée, l'attente active, et surtout pour récupérer entre deux efforts intenses.
- La force et la puissance — pour les derniers coups de rame avant la vague, le take-off, le duck dive explosif, et les manœuvres elles-mêmes (bottom turn, cutback, air) qui demandent de générer une force explosive sur un support instable. Des efforts courts, mais décisifs.
- La mobilité — pas seulement du haut du dos et de l'épaule pour une rame efficace et un take-off qui ne se bloque pas, mais aussi du bas du corps : la mobilité de hanche et de cheville conditionne ta capacité à descendre en position basse sur la planche — dans un turn ou en garde avant un duck dive — sans perdre l'équilibre ni compenser avec le dos.
- L'équilibre — pour rester sur une planche qui ne s'arrête jamais de bouger, garder ton centre de gravité sous contrôle et absorber en temps réel les à-coups de l'eau et du courant sans gaspiller d'énergie à te rattraper.
- Le gainage fonctionnel — la plateforme qui transmet la force de tes bras et de tes jambes vers la planche, plutôt que de la laisser se disperser en cours de route.
Ce n'est pas un hasard si tes bras lâchent après 30 minutes de rame alors que ta respiration, elle, tient très bien : la rame sollicite en premier lieu de l'endurance de force locale et de la mobilité thoracique, pas ta capacité cardio générale. C'est exactement le genre de nuance que fait apparaître une vraie analyse des besoins, et que rate l'intuition du « il me faut plus de cardio ».
Ce que ça change pour ton entraînement
Deux surfeurs avec un cardio identique et une force identique peuvent vivre une session complètement différente selon la façon dont ces qualités sont préparées et enchaînées. Tout part de là : d'abord comprendre ce que l'activité exige, ensuite seulement construire l'entraînement.
Respecter cet ordre, c'est aussi ce qui réduit le risque de blessure : un geste répété des centaines de fois par session sur un corps qui manque de mobilité ou de force finit toujours par coûter cher, à l'épaule ou au bas du dos.
C'est exactement cette logique — analyse des besoins d'abord, exercices ensuite — qui a construit les 4 piliers de la méthode FitToSurf : mobilité, cardio & endurance, renforcement, récupération post-surf. Pas parce que ce sont des mots à la mode, mais parce que c'est précisément ce que l'analyse d'une session de surf fait ressortir.
Cet article ouvre une série de trois. Le prochain regarde les contraintes propres au surf — biomécaniques, musculaires, environnementales, perceptives — et pourquoi elles pèsent autant que ta condition physique brute, de la rame jusqu'aux virages. Le troisième explique comment ton corps produit l'énergie, et pourquoi ça impose un ordre précis à ton entraînement. Tu peux suivre la série au fur et à mesure sur le blog et sur Instagram.
Par où commencer
Le programme de 4 séances offert couvre ces qualités dans l'ordre où elles comptent le plus pour une session de surf.
Télécharge le programme gratuit ↓
Luca Fasulo est préparateur physique, basé à Seignosse dans les Landes. Il accompagne des adultes qui ne veulent plus être limités physiquement à l'eau.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que « l'analyse des besoins » en préparation physique ?
C'est la première étape de toute méthode de préparation physique sérieuse, posée notamment par la Nouvelle Bible de la Préparation Physique (Reiss & Prévost) : observer ce qu'une activité demande vraiment au corps (intensité, durée, gestes, répétitions) avant de choisir le moindre exercice. Pour le surf, ça veut dire regarder une session telle qu'elle est réellement — surtout de la rame et de l'attente — plutôt que l'image qu'on en garde.
Le cardio classique (course à pied, vélo) suffit-il pour le surf ?
Non, pas à lui seul. Courir améliore ta capacité cardio générale, ce qui reste utile, mais ça ne prépare pas les muscles qui rament à répéter des centaines de contractions dans une position spécifique, ni ton corps à passer d'un effort quasi nul à un effort maximal en quelques secondes — la signature d'un sport intermittent comme le surf.
Combien de temps par semaine consacrer à la préparation physique du surf ?
Deux à trois séances hebdomadaires suffisent pour progresser sur la durée, à condition de respecter l'ordre : mobilité, puis force, puis endurance, puis spécifique. La régularité compte plus que le volume — deux séances par semaine tenues pendant trois mois valent infiniment mieux que cinq séances pendant deux semaines suivies de rien.
Pourquoi le temps réellement passé à surfer une vague est-il si faible (environ 8 %) ?
Parce qu'une session de surf est structurée autour d'un cycle qui se répète des dizaines de fois : ramer jusqu'au pic, attendre, se replacer, ramer pour attraper la vague, la surfer quelques secondes, revenir. C'est ce que montre l'étude de Farley et al. (2012) sur des surfeurs de compétition : même dans des conditions optimales de sélection des vagues, la vague elle-même ne représente qu'une petite fraction du temps total — l'essentiel de l'effort physique se joue avant.
Source scientifique : Farley, O.R.L., Harris, N.K., & Kilding, A.E. (2012). Physiological Demands of Competitive Surfing (« Exigences physiologiques du surf de compétition »). Journal of Strength and Conditioning Research, 26(7), 1887-1896. DOI : 10.1519/JSC.0b013e3182392c4b.
Référence méthodologique : Reiss, D., & Prévost, P. La Nouvelle Bible de la Préparation Physique — Le guide scientifique et pratique pour tous. Éditions Amphora.